WAYDEN > Interview croisée avec Benoit Durand-Tisnès

Lors de sa rencontre avec Olivier Negroni pour TOP Management France, Benoit DURAND-TISNES, Président de WAYDEN, une entreprise de référence dans le management de transition, a répondu à la question sur le conseil qu’il donnerait à un cadre dirigeant sur sa gestion de carrière : « Aujourd’hui, à partir de 45 ans, l’éventualité pour un cadre de Codir de se faire débarquer est réelle. Mais ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle ... à qui sait s’y préparer »


Interview croisée avec un dirigeant au cœur de la problématique de l’emploi des Cadres dirigeants.


ON : Vous nous interpellez Benoit, l’âge pivot serait donc en fait à 45 ans ? Pour quelles raisons dites-vous cela ?


BDT : Nous vivons actuellement une situation de marché du travail pour les cadres supérieurs et les dirigeants sans précédent, avec la conjonction de 2 phénomènes majeurs.


D’une part les entreprises qui doivent se transformer se sont organisées depuis quelques années de manière « Lean », en se séparant progressivement de toutes les ressources qui ne produisent pas ou ne servent pas directement de la valeur. C’est un élément nouveau qui est aujourd’hui décorrélé de la performance intrinsèque d’un individu. Du point de vue de l’entreprise, parfois cela se passe de manière judicieuse dans leur transformation organisationnelle à marche forcée pour rester dans la compétition mondiale à laquelle elles font face, et parfois de manière exagérée lorsqu’elles sont en quête de valorisation maximale.


D’autre part, trop longtemps choyés dans les organisations, les cadres supérieurs n’ont pas forcément vu venir le phénomène et ne se sont pas adaptés assez rapidement, croyant que l’atterrissage en douceur vers la passerelle de la retraite était encore possible.


Aujourd’hui c’est un fait, le sacro-saint « CDI », à ce niveau de poste et de carrière, doit être considéré comme un « CDD dont on ne sait pas quand il s’arrêtera ». Et c’est à mon sens une bonne nouvelle, source de nombreuses opportunités ... »


ON : Ah bon ? Pouvez-vous nous en dire plus ? C’est pourtant très dur de se faire débarquer du jour au lendemain !


BDT : Pour tirer parti au mieux d’une telle situation, il faut tout d’abord bien garder en tête qu’à ce jour, subir une séparation ne veut plus dire que l’on est nous-même non performant (contrairement à il y a encore une quinzaine d’année). Simplement, à un moment donné, je ne suis plus la bonne personne au bon endroit. C’est tout. Cela ouvre donc un champ des possibles très large, puisqu’il existe forcément autre part des Hommes et une entreprise qui n’attendent qu’une personne comme moi !


Ensuite, le plus important est de réaliser aussi que ce type d’événement se prépare en permanence, et indépendamment de l’approche de l’occurrence. Et c’est là que la plupart d’entre eux ont un gros effort de transformation personnelle à réaliser. Voir une remise en question totale. Trop souvent, je rencontre des gens opportunistes qui se mettent en quête « de leur réseau » seulement à l’instant ... où ils en ont besoin. Je vais « réactiver mon réseau » disent-ils. Pas étonnant que cela ne fonctionne pas. Pour être plus clair, je dirai qu’un réseau disparait dès le moment où l’on en prononce le mot ! Et pourtant, le réseau est aujourd’hui la clé, la meilleure assurance chômage pour chacun. Un réseau ne se décrète jamais et ne se sollicite pas. Il se construit, tous les jours, un petit peu, sans jamais rien en attendre et surtout en étant fondamentalement généreux. Au fond, les meilleurs dans cet exercice sont les gens qui aiment et s’intéressent aux autres sans rien en attendre. Faites le test ; au lieu de penser à ce que votre interlocuteur peut vous apporter, demandez-lui plutôt d’emblée comment vous pouvez l’aider. Vous serez surpris du résultat lorsque vous aurez pris l’habitude de le faire systématiquement, lorsque de nouvelles portes inimaginables s’ouvriront à vous, et le plus souvent grâce à des personnes dont vous n’auriez pas imaginé le geste ... Tel le groupe industriel qui investit 5% de ses revenus dans sa R&D, en 2020, le cadre dirigeant doit investir 5 à 10% de son temps dans la création de nouvelles rencontres, de préférence hors de son écosystème et surtout de manière généreuse et désintéressée. Et pour clore le tout, cela a un effet vertueux ; faire du bien et aider les autres fait du bien à soi-même !


ON : Quelle approche ! Mais vous pensez vraiment que la situation soit si radicale ?


BDT : Oui et je pense même que nous sommes à l’aube d’un autre changement de paradigme sans précédent. Au-delà de cette nouvelle donne sur la nécessité de se transformer soi-même pour survivre professionnellement, je pense même que tout cela va s’accélérer. Il faut aussi réaliser que d’ici 5 ans, en 2025, les premiers Milléniales (les personnes nées entre 1980 et 2000) vont avoir eux-mêmes 45 ans ! Ils vont donc être en mesure de prendre progressivement des postes de dirigeants. Et ceux-ci sont natifs de cette façon de penser et d’agir ; ils ne raisonnent par ailleurs pas comme nous. Ainsi, pour certains ce sera forcément une catastrophe qui va s’empirer, et pour d’autres une formidable source d’opportunités. Je pense faire partie de la deuxième catégorie et cela oblige à se remettre en question en permanence, et à rester agile pour pouvoir bouger vite. Pour moi, la clé est définitivement de rester agile, pragmatique, dans la contribution et surtout alerte sur les signes en écoutant, en échangeant et en aidant son prochain. Rechercher la logique de statut, très tentant avec l’âge et l’expérience, est devenu une posture de plus en plus dangereuse ... C’est par ailleurs exactement le type de compétences, de softskills et de posture que l’on recherche chez WAYDEN pour les managers et les dirigeants de transition que nous sélectionnons.


ON  : Merci Benoit pour cet échange et votre point de vue intéressant sur un sujet d’actualité

Mise à jour le Mercredi, 05 Février 2020


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